La fin des privilèges fiscaux pour les footeux ?
La suppression du Droit à l’image collective (DIC) votée par l’Assemblée Nationale a déjà fait couler beaucoup d’encre et a même réalisé l’exploit de provoquer un désaccord entre Nicolas Sarkozy et son fidèle soldat, Xavier Bertrand, le président de l’UMP. Les instances dirigeantes (ligues, clubs etc.) sont montées au créneau pour dénoncer le populisme de la mesure, la jugeant même « scélérate » (Jean-Michel Aulas inside) et prédisant un effondrement de la compétitivité des clubs français. Même Rama Yade y est allée de sa petite critique, immédiatement rabrouée par Nadine Morano qui a invoqué la célèbre phrase de Chevènement : « Quand on est pas d’accord, on s’en va ou on ferme sa gueule« .
Il ne s’agit pourtant que d’économiser 30 M€, une somme assez dérisoire au regard du déficit public français (qui se compte en centaines de milliards). Mais il s’agit surtout d’une mesure symbolique. Le DIC permettait d’exonérer de charges sociales jusqu’à 30% les sportifs professionnels. Cette suppression qui devait intervenir en 2012 a été avancée à janvier 2010. Mais le flou règne sur la date de son entrée en application. Le premier ministre souhaitait la repousser à juin pour éviter de déstabiliser les clubs en milieu de saison. Récemment on parlait aussi de suppression dégressive jusqu’en 2012…
Un des arguments des opposants à la nouvelle loi est la perte d’attractivité qu’elle entraînerait. Selon eux, et pour ne citer que le foot, Lisandro, Gourcuff, Lucho et consorts n’auraient jamais rejoint le championnat français sans ces privilèges fiscaux (appelons les choses par leur nom). L’argument est valable mais il vient de prendre un peu de plomb dans l’aile suite à la décision du gouvernement espagnol de légiférer dans le même sens.
L’Espagne souhaite en effet modifier la Loi dite « Beckham », une disposition prise peu avant l’arrivée du milieu anglais au Real Madrid et qui accordait aux joueurs étrangers des avantages fiscaux – ceux-ci sont actuellement imposés à 24% contre 43% pour les joueurs espagnols. Levée de boucliers, menaces de grève etc. Bref, en Espagne plus encore qu’en France, une telle mesure crée la polémique.
Deux pays, et pas des moindres (surtout l’Espagne) abolissant un certain nombre de privilèges fiscaux, cela pourrait ouvrir la voie, non pas à une législation européenne (ça, faut pas y compter), mais pourrait entraîner les autres championnats européens à agir de même.
Soyons-fous et imaginons deux minutes que la Grande-Bretagne, un des pays les plus endettés d’Europe, décide d’abonder dans le même sens et nous aurions déjà trois des cinq meilleurs championnats d’Europe mis sur un pied d’égalité.
Au fond, bien que les craintes suscitées par la loi soient parfaitement fondées, l’alignement de la fiscalité des footballeurs sur celle des citoyens lambda ne peut être que juste, et si et seulement si le mouvement se poursuit dans d’autres pays européens, personne ne perdra en compétitivité. Je dis donc Wait and see.

Laisser un commentaire